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FNAM : Qu’arrive-t-il au micro crédit ?

4 février 2009

Le Reporter du 27 octobre 2008

Belles performances du micro crédit au Maroc, mais aujourd’hui, il entame un nouveau tournant qu’explique le Président de la FNAM, Tariq Sijilmassi.

Le Conseil d’Administration de la Fédération Nationale des Associations de Micro crédit (FNAM) s’est tenu à Casablanca, le 14 octobre dernier. L’occasion était alors propice à un round up sur la situation du micro crédit au Maroc. Et le Président de la Fédération, Tariq Sijilmassi, n’a pas manqué de la saisir, invitant plusieurs responsables de journaux à se joindre à lui autour d’une table pour une discussion à bâtons rompus sur la réalité de la situation et les préoccupations d’ordre organisationnel, juridique, mais aussi stratégique de ce secteur professionnel. D’emblée, en ouverture de cette rencontre qui a eu lieu le 20 octobre, le Président de la FNAM, par ailleurs, Président du Crédit agricole auquel est adossée l’association de micro crédit Ardi, a planté le décor. « Le micro crédit au Maroc a atteint l’âge de maturité. Le Maroc compte même parmi le top ten des pays du monde qui ont réussi en la matière. Mais le micro crédit au Maroc a ses forces et ses faiblesses et il est à un tournant de son existence », a-t-il dit en guise de préliminaire. Quelle est donc la réalité de ce micro crédit qui est, somme toute, de création récente au Maroc (il a vu le jour en 1993), qui fait la fierté du pays, profite à quelque 1 million et 400.000 personnes et excipe d’un encours global de 5 milliards et 5oo millions de DH ? Ses forces sont connues de tous. T. Sijilmassi les rappelle. Un positionnement bien ancré : sur les 13 associations que compte la FNAM, 4 sont dans le top ten mondial, toutes primées en matière d’excellence. Une fonction sociale indéniable : outil de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, le micro crédit s’est arrimé au chantier de l’INDH (ce chantier de règne qu’est l’initiative nationale pour le développement humain, lancée par le Souverain en 2005). Et, enfin, un champ de progression aux larges horizons avec une clientèle éligible de 3 millions de personnes d’ici 2010, voire 5 millions plus tard, à certaines conditions... Quant aux faiblesses, le Président Sijilmassi, élu à la tête de la FNAM il y a six mois, ne les occulte pas. Elles ont constitué l’essentiel des débats au Conseil d’administration et sont au cœur de la nouvelle stratégie qu’il entend développer. Il les évoque sans langue de bois. Première faiblesse du micro crédit au Maroc : il fonctionne sans véritables règles prudentielles pour protéger les uns et les autres d’éventuelles dérives. Le secteur a donc besoin d’un texte réglementaire précis. Il y a aussi quelques problèmes au sein de la profession (ce que le Président, très diplomate, a appelé « un manque de solidarité », mais qui vire parfois à un réel manquement aux règles de déontologie). Et puis, il y a la faiblesse la plus évidente : le manque de fonds propres dont souffrent notamment les petites associations. La profession est loin de pâtir de problèmes d’impayés. « On est à 98,5% de taux de remboursement », déclare Tariq Sijilmassi. Cependant, dans une perspective de développement, la FNAM réclame le soutien de l’Etat en la matière et considère le fait de ne pas bénéficier d’un appui spécifique comme un facteur de faiblesse. Cette année, du reste, soulignent aussi bien Tariq Sijilmassi que Noureddine Ayouch qui a participé à la rencontre en sa qualité de Président de l’association Zakoura (et donc, membre de la FNAM) ,on assiste à une stagnation du nombre de clients. Les deux hommes expliquent que les associations elles-mêmes ne sont pas étrangères à cette « stagnation passagère ». « Nous devons consolider les bases », explique Tariq Sijilmassi.

Qu’est ce qui a été entrepris dans ce sens ?

Pour ce qui est des règles prudentielles, la FNAM a étudié les propositions de Bank Al-Maghrib. S’en sont suivies : propositions, contre-propositions, étude d’impact sur les associations... Aujourd’hui, T. Sijilmassi assure que dans très peu de semaines, la profession aura ses règles prudentielles. Un texte sanctionnant les travaux du conseil d’administration de la FNAM fait d’ailleurs le point. « Ce dernier conseil d’administration (du 14 octobre) a été l’occasion d’ouvrir un débat intéressant tant sur les perspectives de l’activité du micro crédit que sur sa professionnalisation. C’est ainsi, qu’a été voté le texte présenté par le bureau. Un projet de texte relatif à la mise en place de règles devant régir la classification et le provisionnement des créances en souffrance a été soumis au Conseil. Ce projet de texte qui résulte du travail d’un comité ad-hoc, constitué à cette fin suite à des réunions avec les instances de Bank Al Maghrib, a été approuvé dans ses grandes lignes par l’ensemble des Associations de Micro Crédit », y est-il écrit. La profession reste discrète sur ses revendications à ce sujet, mais elles portent semble-t-il sur les délais de déclassement (pas de déclassement inférieur à un mois avec retour à 15 jours en 2010). Il commence aussi à apparaître de mauvais réflexes dans le secteur (comme rembourser un dossier à une association par un crédit contracté chez une autre (l’endettement croisé). Pour y faire face, la FNAM met en place une centrale des risques avec Bank Al-Maghrib. Autre volet de la stratégie Sijilmassi, consolider les petites associations. Le soutien est prévu à 3 niveaux. Renforcer les systèmes d’information. Mettre en œuvre le plan comptable des associations de micro crédit. Et régler le problème des subventions en fonds propres. L’accord cadre signé entre l’Etat et la profession en décembre 2005 prévoit d’allouer à la profession une subvention de 200 millions de DH. Pour le Président, une partie de la somme doit aller à la mise à niveau du secteur, « parce que renforcer la profession, c’est la consolider et lui permettre de lever des fonds ». Pour la répartition du reste de la subvention, les critères restent à définir. « Ce qui est sûr, c’est qu’on ne distribuera pas au prorata du marché et on ne fera pas une division par 13 », lance T. Sijilmassi devant un Noureddine Ayouch entièrement d’accord. Ce qui semble logique quand on sait que les 5 premières associations ont 96% de part de marché. En attendant, pour que l’Etat débloque la subvention, « il a été convenu de présenter dans les meilleurs délais un plan national consolidé, regroupant les stratégies de développement de toutes les associations sachant que l’un des premiers objectifs qui avaient été assigné aux membres de la FNAM a déjà été atteint », dit le PV du CA. La FNAM qui a été créée en octobre 2001 a ainsi aujourd’hui une vision claire et se donne les moyens de la mettre en oeuvre. « Il faut revenir à l’esprit de cette profession », conclut Tariq Sijilmassi qui rêve du jour où cette profession n’aurait plus lieu d’être. « Pour moi, la réussite du micro crédit, c’est la fin du micro crédit », dit-il, expliquant : « la fin du micro crédit, c’est-à-dire la promotion de tous les utilisateurs du micro crédit à l’étage au dessus : la banque ! ».

Le micro crédit au Maroc

Au Maroc, le micro crédit a vu le jour en 1993 via une ONG marocaine (AMSED, créatrice d’INMAA) qui a accordé le premier prêt à une femme. Les années 90 et 2000 ont vu un développement considérable et une professionnalisation du secteur. Aujourd’hui, ce sont plus de 1.350.000 clients dont près de 64% de femmes qui en bénéficient. Depuis leur création, les associations de micro crédit ont octroyé près de 20 milliards de dirhams de prêts. Le montant d’un micro crédit octroyé ne peut excéder 50.000 DH. Le champ d’action du micro crédit est limité au financement d’activités génératrices de revenu. Il a été étendu en 2004 au financement de l’acquisition, la construction ou l’amélioration d’un logement pour les personnes économiquement faibles ainsi que le financement d’installations électriques ou d’alimentation de foyers en eau potable de ces mêmes populations. Actuellement, 4 associations marocaines sont classées dans le « Top 100 » des classements mondiaux.

La FNAM en quelques mots

La Fédération Nationale des Associations de Micro crédit est une association à but non lucratif régie par la loi 18/97 sur le micro crédit. Sa création remonte au 4 octobre 2001. La FNAM regroupe 13 Associations de Micro crédit d’envergure locale, régionale et nationale. La FNAM assure le rôle de coordinateur et représentant légal entre le secteur et l’administration.

Conseil d’administration de la FNAM
Le Conseil d’administration (CA) est composé d’un représentant de chaque association membre.

Bureau de la FNAM : (Elu par le CA de ce 14 octobre 2008)
Président : Tariq Sijilmassi
Trésorier : Hammou Ouhelli
Trésorier adjoint : Khaddouj Gharbi

Les 13 associations de la FNAM

Le Maroc compte aujourd’hui 13 Associations de Micro crédit. Ce sont :

-  Al Amana
-  AMOS
-  AMSSF/MC
-  Association TAWADA MC
-  ATIL
-  Fondation Al Karama MC
-  Fondation ARDI
-  Fondation Banque Populaire MC
-  Fondation Microcrédit du Nord
-  Fondation Zakoura
-  Fondep
-  INMAA
-  Ismailia

Conformément à l’article 21 de la loi 18/97 relative au Micro crédit, les associations autorisées à effectuer les opérations de micro crédit sont tenues d’adhérer à la Fédération Nationale des Associations de Micro crédit. Depuis l’Assemblée Générale du 12 avril 2008, toutes les associations de micro crédit siègent au Conseil d’Administration de la FNAM. Elles s’engagent ainsi à respecter les règles et dispositions légales en vigueur, les statuts de la FNAM et le code déontologique des Institutions de Micro crédit au Maroc du 20 janvier 2006 envers les populations cible et la profession.